Gestion des émotions

Le contenu et les méditations qui suivent sont proposés par Stéphany Pelissolo, psychologue clinicienne.

La situation

Aristote définissait les émotions comme « tous ces sentiments qui changent l’homme en l’entrainant à modifier son jugement et qui sont accompagnés par la souffrance ou le plaisir » (Rhétorique, livre II, chap. 1, 1378a).

Lorsqu’un événement difficile, comme celui que nous vivons à l’heure actuelle, surgit dans notre vie (confinement, isolement, maladie, mort, épuisement, ennui…), certaines émotions, selon notre personnalité et notre histoire de vie, vont s’activer comme la tristesse, la colère, la peur, la honte, la terreur… Peut- être n’est-ce pas agréable, mais c’est profondément humain et c’est normal. Il n’y a pas à avoir peur de ces émotions, elles ont toutes leur raison d’être.

Parlons un peu plus en détail de deux situations :

  • Lorsqu’un être cher est malade, nous aimons être à ses côtés pour le soutenir et rester en lien avec lui. Le fait de maintenir ce contact est rassurant pour nous, c’est une manière de voir comment les choses évoluent. Ici, les règles sanitaires font que les familles ne peuvent rendre visite à leur proche à l’hôpital. Cette situation est très anxiogène. Ils ont aussi peu d’information concernant l’évolution de la symptomatologie Covid de leur proche car le personnel hospitalier est débordé. Ce silence, cette absence de contact laissent place à tous les scénarios possibles et inimaginables entrainant des troubles du sommeil, du stress, de la tristesse mais aussi de la colère. Et en raison du risque sanitaire, les règles strictes ne permettent pas aux familles d’accompagner un proche hospitalisé vers la mort. Quelle douleur ! De plus, les regroupements de plusieurs personnes étant interdits, nous ne pouvons enterrer dignement notre proche. Nous savons à quel point il est important d’accompagner et ensuite, de se réunir autour du mort et de lui offrir une belle sépulture en hommage. Cela participe au travail de deuil. Si vous avez un parent hospitalisé, demandez aux soignants s’il est possible d’avoir un contact via les applications telles que Skype, FaceTime ou autre… Parlez de ce que vous ressentez en famille ! Et si un proche est mort, en attendant de pouvoir vous retrouver en famille et entre amis autour d’un dernier hommage, vous pouvez installer chez vous un endroit avec sa photo, des fleurs, des bougies afin de vous y recueillir. Retrouvez-vous avec les membres de votre famille sur les applications de visio afin de parler de ce que vous ressentez, et vous soutenir les uns, les autres.

 

  • En tant que soignant, en plus de l’épuisement à gérer, une autre difficulté se présente à vous. Du fait de la vague des personnes contaminées qui affluent dans vos services et du manque de moyens, des choix s’imposent quant aux malades que vous mettez sous assistance respiratoire ou pas. Choix extrêmement dur pour des professionnels qui ont choisi cette vocation pour sauver des vies. Vous devez prendre des décisions qui vont à l’encontre de vos valeurs et ceci créée beaucoup d’ambivalence. Afin de vous protéger de cette ambivalence et de l’anxiété, de la tristesse et de la colère qui en découlent, vous n’avez pas d’autre choix que de vous couper de votre ressenti émotionnel. Vous n’êtes pas insensibles, vous êtes professionnels et cette anesthésie émotionnelle est ce qui vous permet de continuer à exercer votre métier en cette période critique. Il se peut aussi que vous ressentiez des sentiments forts douloureux du fait de ne pas pouvoir sauver tout le monde. Vous n’avez pas à vous sentir coupables ou impuissants, vous êtes humains, vous faites du mieux que vous le pouvez et comme nous tous, vous subissez cette situation de crise sanitaire et le manque de moyens pour y faire face. Si cela est possible, prévoyez 3 jours de repos consécutifs au moins deux à trois fois dans le mois. Vous devez pouvoir passer une journée entière à ne rien faire ou uniquement des activités plaisir, de détente. La seconde journée, prenez le temps de prendre conscience en méditant de votre état d’esprit, émotionnel et corporel. Apprenez à accueillir avec bienveillance et compassion votre douleur, de la même manière que vous prenez soin de vos patients ! Méditez, dormez, ne faites rien, repos !

 

Comment le soigner ?

Comment est-ce possible d’accueillir l’anxiété, le stress, la tristesse… qui émergent lors d’un événement de vie difficile comme celui que nous vivons. Plutôt que de tenter par des stratégies diverses et variées d’éviter ou de supprimer votre ressenti douloureux qui est profondément humain et inévitable, je vous invite ici à pratiquer une méditation dans laquelle vous apprendrez à accueillir avec bienveillance et compassion votre douleur, sans rajouter de la souffrance à celle-ci.

Pratiquez d’abord la méditation posture-respiration ancrage ou la méditation de la montagne pour faire face. Lorsque nous souffrons, nous nous sentons abattus, déstabilisés et nous comptons beaucoup sur les autres pour nous aider et nous maintenir la tête hors de l’eau. La pratique de la pleine conscience peut vous permettre de faire de votre expérience de l’instant celle de la stabilité, de la dignité et de la sérénité, sans recourir à autrui. Rappelez-vous, lorsque vous êtes pris dans le cercle infernal de la souffrance, votre attention se focalise uniquement sur ce qui est douloureux, faisant tourner en boucle des pensées automatiques négatives. La pratique de ces deux exercices entraîne votre attention à se désengager de ce qui vous fait mal pour la ramener de manière intentionnelle à des endroits de votre corps où il est possible d’être présent aux ressources qui sont déjà là. Ce travail de maintien de l’attention dans les parties-ressources du corps permet petit à petit d’apaiser et le corps et l’esprit.

Voyons maintenant comment il est possible d’accueillir la douleur qui émerge lors d’un événement de vie difficile comme celui que nous vivons. Plutôt que de tenter par des stratégies diverses et variées d’éviter ou de supprimer votre ressenti douloureux qui est profondément humain et inévitable, je vous invite ici à pratiquer une méditation dans laquelle vous apprendrez à accueillir avec bienveillance et compassion votre douleur, sans rajouter de la souffrance à celle-ci. Juste ressentir votre douleur, lui permettre d’être là, l’embrasser de votre pleine conscience, la rencontrer très concrètement dans votre corps afin de la guérir en pratiquant la méditation assise avec une exposition à une situation douloureuse ou encore la méditation de la cascade ou la méditation « la maison d’hôte ».

Si les émotions sont vraiment très intenses accompagnées de pensées noires voire suicidaires, pratiquez les mouvements en pleine conscience.